Interprète de conférence

Généralités

Un métier qui fait rêver

Le métier d’interprète (de conférence) est sans doute celui qui fait le plus rêver. On imagine en effet généralement que l’interprète est une sorte de jet-setter parcourant le monde de réunion internationale en événement sportif de portée planétaire, côtoyant les grands de ce monde et percevant des rémunérations extraordinairement « intéressantes ». Sans compter qu’il apparaît comme le plus abouti des praticiens des langues : une sorte de phénomène capable de tout exprimer spontanément dans une autre langue, sans même prendre des notes (!) La réalité est bien plus complexe.

Un métier de l’oral ou du signe

Ce qui fait la spécificité des interprètes, c’est qu’ils travaillent généralement de l’oral à l’oral (ou pour les malentendants, de l’oral au signe, et inversement) alors que les traducteurs travaillent à partir de l’écrit ou d’un code consigné. Les interprètes travaillent également le plus souvent dans l’immédiat et l’instantané alors que les traducteurs disposent toujours d’un délai, aussi réduit soit-il.

Contexte de l’activité

L’interprète de conférence est un interprète de très haut niveau intervenant dans les contextes les plus variés, qui vont de la conférence des Nations Unies (interprétation simultanée) à la présentation du programme d’action d’une ONG face à un parterre de plusieurs centaines de personnes (interprétation consécutive) en passant par le dîner de chefs d’entreprises marquant une prise de participation croisée (interprétation chuchotée par-dessus l’épaule de l’un des participants).

Les interprètes de conférence interviennent pour le compte d’organisations internationales (gouvernementales ou non), d’organisateurs de congrès, d’organisateurs de salons, de colloques, de séminaires, de conseils d’administration, de réunions de travail, de conférences de presse, et autres, ou encore pour le compte de ministères, consulats, fondations, PME, grandes entreprises, clubs de voyages, cabinets d’avocats, etc. mais aussi, bien entendu, des chaînes de télévision internationales comme ARTE, CNN, ou France 24.

Conditions de travail

Les interprètes peuvent être amenés à travailler en simultanée, en consécutive, ou en chuchotage.

(Interprétation) Simultanée

En simultanée, les interprètes (car ils travaillent alors en équipe) se trouvent dans des cabines généralement équipées d’écrans de visualisation vidéo. Ils « traduisent » les paroles des intervenants à mesure que ceux-ci les prononcent – en fait, avec un très léger décalage et en prenant de très succinctes notes. Les auditeurs choisissent, sur les écouteurs dont leur place est équipée ou qui leur ont été remis à l’entrée, le canal correspondant à leur langue.

L’interprétation simultanée en vidéoconférence, qui se répand, constitue une variante complexe et exigeante de la simultanée en local.

La simultanée est la forme d’interprétation la plus stressante et les interprètes se relaient à intervalles de l’ordre de 20 minutes.

(Interprétation) Consécutive

En consécutive, l’interprète est généralement placé à côté de l’intervenant ou au moins dans la même salle. L’intervenant parle. L’interprète prend des notes (selon un système qui n’a rien à voir avec la sténo). Lorsque l’intervenant s’arrête, l’interprète « traduit » ce qui a été dit. Il va de soi que l’intervenant et l’interprète doivent s’accorder sur la durée « normale » de chaque segment.

(Interprétation) Chuchotée

En chuchotée, l’interprète fait de la consécutive, parlant à voix basse pour ne pas gêner à l’oreille de personnes en nombre forcément restreint et même, souvent, d’une seule personne. L’interprète n’est plus dans sa cabine.

En fait, le mode d’interprétation dépend des conditions matérielles. On utilise la simultanée lorsque les budgets et l’équipement le permettent. En effet, il faut avoir à sa disposition une salle équipée de cabines et de systèmes de communication audio élaborés ou, à défaut, les louer. Et il faut aussi pouvoir s’offrir les services de plusieurs interprètes. La consécutive constitue une bonne réponse en l’absence d’équipements (on utilise la sonorisation standard de la salle) et lorsque le nombre d’interprètes est limité. Mais ceci signifie que le nombre de langues d’interprétation sera également limité (généralement une seule). Et l’interprétation consécutive allonge le temps total de communication puisque le temps de parole de l’interprète vient s’ajouter à celui de l’intervenant.

Note : L’interprète peut être amené à interpréter à vue lorsque, par exemple, il traduit oralement un document écrit qui vient de lui être remis et dont l’auditoire doit avoir connaissance.

Organisation du travail

Chez les interprètes, les temps de préparation sont généralement réduits, voire inexistants (même s’ils effectuent, dans la mesure du possible, une préparation poussée en matière de terminologie et apprentissage du sujet) et les activités post-interprétation se réduisent à la facturation et au recouvrement : la livraison est directe et immédiate, et les contrôles de qualités impraticables.

L’organisation du travail correspond, généralement, à la séquence ci-après :

  1. Acceptation de la commande.
  2. Le cas échéant, information du donneur d’ouvrage quant aux équipements nécessaires (l’interprète est sans doute la personne la plus qualifiée pour indiquer la disposition optimale de la salle, conseiller sur le choix des valises comprenant les récepteurs, et tous autres éléments matériels primordiaux).
  3. Documentation sur le sujet. Dans la mesure du possible, l’interprète souhaite pouvoir disposer d’une documentation présentant l’ordre du jour, les thèmes abordés, les documents qui seront distribués en séance, les ébauches de présentations, la terminologie disponible, les documents antérieurs (notamment, toute vidéo montrant tel ou tel participant dans une intervention sur un sujet similaire ou le même sujet), et tout ce qui permet de mettre en place la connaissance voulue, la terminologie requise, et les stéréotypes applicables.
  4. Mise en place dans les locaux (dans la cabine pour les interprètes de conférence).
  5. Exécution de la prestation.
  6. Facturation/recouvrement et suivi du client.

La documentation est essentielle. Contrairement à ce que l’on imagine, l’interprète ne se présente pas les mains dans les poches : sauf impossibilité absolue, il effectue une préparation aussi poussée que possible afin de garantir une interprétation de qualité. Seule une longue expérience appuyée sur un très solide bagage technique et spécialisé (connaissance privilégiée de certains domaines spécifiques) permet une certaine décontraction. Le problème se pose avec d’autant plus d’acuité que l’interprète balaie généralement un spectre de domaines et de sujets infiniment plus large que celui que couvre le traducteur.

Langues

Les langues de l’interprète de conférence déterminent la nature de ses marchés potentiels. L’anglais est indispensable. L'allemand, le russe, l'espagnol, l'arabe, le chinois et le japonais correspondent également à des marchés importants. Mais il n’est certes pas inintéressant de maîtriser des langues pour lesquelles le nombre d’interprètes est proportionnellement faible à très faible : estonien, maltais, langues scandinaves, néerlandais. Enfin, dans le souci d’élargir leurs marchés et perspectives professionnelles, les interprètes sont de plus en plus souvent amenés à ajouter à leur combinaison linguistique une quatrième langue (rare ou, mieux, rarissime).

Domaines de compétence

Les domaines de compétence jouent également un rôle prépondérant et les marchés sont d’autant plus prometteurs pour un interprète donné qu’il peut intervenir dans des domaines critiques (droit, pharmacie, médecine, recherche de pointe, haute technologie, finance et fiscalité, etc.).

Qualités de l’interprète de conférence

L’interprète de conférence doit avoir une maîtrise irréprochable des langues et une réelle virtuosité dans la communication orale avec, si possible, une voix agréable et une bonne diction. Il doit connaître intimement la culture des pays de ses langues de travail. Il doit également suivre au plus près l’actualité, avoir une solide culture générale (« solide » signifiant ici à la fois « étendue » et « poussée dans chaque domaine ») et, bien entendu, des connaissances approfondies dans ses domaines d’intervention. Il doit donc, en principe, faire preuve d’une curiosité insatiable et d’une très large ouverture d’esprit.

En outre, son environnement et ses conditions de travail particulières lui imposent une agilité mentale extraordinaire, une parfaite réactivité devant le moindre écart ou incident, une parfaite maîtrise de soi en toutes circonstances, une très grande capacité d’adaptation, et, plus que tout, une inaltérable résistance au stress, car l’interprétation s’apparente à une activité de funambule en situation de stress extrême.

Retour au sommaire

© 2009 Daniel Gouadec. Tous droits réservés.