Avant-propos
N.B compte tenu de la dualité de dénominations des personnes
responsables de la localisation de logiciels, sites Web et jeux vidéo (localisateur
ou localiseur), nous avons choisi d’utiliser systématiquement la forme hybride
« localis(at)eur ».
Le présent guide se fixe les objectifs suivants :
- Présenter, non plus seulement la traduction au sens le plus étroit, mais l’ensemble (et la très grande diversité) des métiers de la traduction-localisation et de la communication multilingue et multimédia : interprétation ( de conférence, de liaison, en langue des signes), lexicologie et lexicographie, terminologie et terminographie, traduction, sous-titrage, surtitrage, doublage, localisation-adaptation (de logiciels, de sites Web, de jeux vidéo), relecture, révision, gestion de projets, rédaction technique, webmestrie multilingue, veille, et bien d’autres.
- Montrer, pour chacun de ces métiers, l’extraordinaire diversité des spécialités et spécialisations selon les domaines de travail, les environnements, les statuts professionnels, les marchés (d’une diversité et d’une complexité insoupçonnées, mais aussi d’une extraordinaire richesse) et les outils mis en œuvre.
- Expliquer, dans le détail, en quoi consistent vraiment les activités des professionnels concernés, qu’il s’agisse du traducteur littéraire, du traducteur de brevets, du traducteur expert, du terminologue, de l’interprète en langue des signes, du localis(at)eur de jeux vidéo, de l’ingénieur avant-ventes.
- Établir une liste exhaustive et sans concession des compétences requises pour l’exercice professionnel des divers métiers pris en compte [liste établie après consultation de plusieurs centaines de donneurs d’ordres, de professionnels et d’employeurs].
- Multiplier les témoignages authentiques – sans aménagements ni censure d’aucune sorte – de professionnels, par « métier » ou spécialisation, afin de faire émerger le vécu de leurs activités et de leurs situations professionnelles, sociales et financières.
- Recenser les formations existantes, par métier, et signaler clairement celles qui, aux dires des donneurs d’ouvrage et des recruteurs, sortent résolument du lot. Un répertoire complet des formations présentées par leurs responsables est proposé à :
http://www.profession-traducteur.net/etudiant/Accueil_principal.htm
- Suggérer des stratégies d’accès aux formations les plus performantes.
- Présenter les évolutions de carrières possibles.
Il s’agit aussi de faire table rase des vieilles lunes et des « portraits robots », « avis », « conseils », ou « classements » sempiternellement et invariablement repris par les « informateurs » les plus divers, sans la moindre remise en cause, par paresse, par intérêt (commercial) ou par ignorance.
L’ouvrage s’adresse surtout aux publics suivants :
- élèves, étudiants et parents désireux de connaître les métiers « possibles avec les langues » ;
- personnes désireuses de se (re)convertir – ou de se raccrocher – à la traduction-localisation ou à la rédaction-communication ;
- enseignants de langue, qui regardent trop souvent le « professionnel » et la professionnalisation à travers un filtre déformant ou, pire, à travers la traduction académique ;
- conseillers d’orientation, conseillers de l’ANPE et autres orienteurs professionnels ;
- journalistes (avec une pensée particulière pour les stagiaires chargés des enquêtes périodiques sur les métiers), rédacteurs en chef, et responsables de sites « d’information et d’orientation », avec mention spéciale à « Viviane ».
L’essentiel en quelques phrases :
- Les marchés de la traduction-localisation et de la communication multilingue et multimédia se développent de manière exponentielle : la demande ne cesse de croître, car tout ce qui s’écrit (se conçoit et se rédige) ou se dit est susceptible de traduction, adaptation, localisation.
- La situation est apparemment paradoxale en ce sens que, la demande n’ayant jamais été aussi forte et le nombre de traducteurs et rédacteurs formés n’ayant jamais été aussi important, les donneurs d’ouvrage et employeurs se plaignent de ne pas trouver les professionnels dont ils ont besoin alors même que de nombreux diplômés ne trouvent ni emploi ni ouvrage. L’inadéquation entre l’offre et la demande est patente et doit inciter à la vigilance au moment de choisir sa formation.
- En termes de volume, les marchés de la traduction-localisation et de la communication multilingue et multimédia bénéficient, bien évidemment, de l’européanisation, de l’internationalisation et de la mondialisation qui, à des titres divers, démultiplient la communication aussi bien du point de vue de la production documentaire que du point de vue de la traduction des supports d’information. Souvent, aujourd’hui, une organisation industrielle ou commerciale doit vendre un même produit ou concept (et donc communiquer) en même temps dans quarante pays et en trente langues en utilisant (produisant et traduisant) un support papier ou numérique équivalent à quelques milliers de pages incluant du texte, du graphisme, de la vidéo, de l’animation, etc.
- En termes de rémunération et de tarifs, les gros marchés de la traduction-localisation et de la communication multilingue et multimédia sont soumis à la logique du moins-disant, selon laquelle les prestations se font au moindre coût et donc dans les pays à bas coûts. En même temps, les marchés de niches se multiplient et offrent des conditions financières extrêmement avantageuses aux professionnels présentant les spécialisations les plus poussées en termes de domaine de spécialité, type de matériau traité, et panoplie d’outils informatiques (en même temps qu’une relative rareté de leurs langues de travail).
- L’éventail des tarifs (pour les libéraux) et des rémunérations (pour les salariés) est extrêmement ouvert. Les niveaux dépendent des marchés (comme indiqué ci-dessus) ainsi que de la taille de l’organisme donneur d’ouvrage et du lieu d’exécution de la prestation. Ils sont bas à très bas pour la traduction ou la rédaction généraliste, élevés pour la traduction spécialisée, élevés pour les marchés de niches ; ils sont relativement faibles en province et plus élevés dans les grandes agglomérations, avec mention spéciale pour la région parisienne. Mais ce sont surtout la spécialité et la spécialisation dans la spécialité (synonymes de rareté) qui font la différence.
- Il y a autant de spécialités, et donc de marchés, en traduction-localisation et en conception-rédaction-communication que de domaines de spécialisation : traduction littéraire, traduction théâtrale, traduction ou rédaction pour les média, traduction ou rédaction éditoriale, traduction ou rédaction technique, traduction ou rédaction informatique, traduction ou rédaction médicale, traduction ou rédaction marketing, traduction ou rédaction aéronautique, traduction ou rédaction de brevets, traduction ou rédaction juridique, traduction ou rédaction commerciale, traduction ou rédaction financière, traduction judiciaire, traduction ou rédaction scientifique, traduction ou rédaction d’appels d’offres et de réponses aux appels d’offres, et ainsi de suite.
- Les subdivisions de la traduction technique et de la communication technique sont elles-mêmes infinies : traduction/rédaction se rapportant aux secteurs de l’ingénierie de la connaissance, de la comptabilité, des sciences de l’éducation, de la mécanique, de la chimie, de l’industrie pétrolière, des industries alimentaires, du séchage, des matériaux composites ou des nanomatériaux, de la sécurité des réseaux informatiques, etc. À chacun de ces secteurs correspond une spécialisation elle-même éventuellement décomposable en sous-spécialités correspondant, en fait, à des sur-spécialisations.
- Par conséquent, chaque traducteur ou communicateur se définit d’abord par ses domaines de compétence technique et spécialisée (qui déterminent ses marchés) et sa situation est d’autant plus favorable qu’il est spécialisé.
- Les professionnels de la traduction-localisation et de la communication multilingue et multimédia doivent adjoindre à la compétence en langue(s) une très, très, sérieuse compétence technique-spécialisée dans un ou plusieurs domaines de savoirs et technologies. Cette compétence technique peut être déjà acquise (techniciens « venant à la traduction ») ou s’acquérir à mesure que la pratique se développe et que l’expérience s’accumule (traducteurs diplômés se spécialisant).
- Les métiers de la traduction-localisation et de la communication multilingue et multimédia sont ainsi ouverts à la fois aux « techniciens » et aux « linguistes », sous réserve, toutefois, que les premiers aient ou acquièrent une solide compétence linguistique-culturelle, que les seconds aient ou acquièrent une solide compétence technique-spécialisée dans un ou plusieurs domaines de savoirs et technologies et que les uns et les autres acquièrent un ensemble complexe de savoirs, savoir faire, et savoir être spécifiques du métier choisi et absolument nécessaires pour l’exercer dans de bonnes conditions.
- Tout professionnel de la traduction-localisation et/ou de la communication multilingue et multimédia doit obligatoirement maîtriser l’anglais, au moins en tant que langue de travail internationale.
- Les langues les plus porteuses en France sont l’anglais, l’allemand, les « langues européennes rares » (maltais, slovène, lituanien), le néerlandais, l’arabe, le chinois, le japonais. On notera qu’un français expatrié devient ipso facto, dans certains pays, un traducteur à langue rare ou très rare.
- Qu’il s’agisse de recherche documentaire, de gestion terminologique, d’échanges et communications, de traitement de texte, de microédition, de PAO, d’outils d’aide à la traduction-localisation ou à la rédaction, la traduction-localisation et l’ensemble des métiers de la communication multilingue et multimédia relève du 100% informatique. Les professionnels de la traduction-localisation et de la communication multilingue et multimédia doivent par conséquent avoir la parfaite maîtrise d’une impressionnante batterie de matériels, logiciels et progiciels et, si possible, langages.
- Le professionnel exerçant en libéral est de plus en plus fragilisé face aux forces du marché. Il doit donc avoir une très solide fibre commerciale (pour se vendre et vendre ses prestations) et de bonnes aptitudes à la gestion financière et comptable.
- La multiplication des projets, des contrats, des langues et des pays pour une action donnée, ainsi que la réorganisation des achats et approvisionnements obligent désormais à renforcer la composante administrative, technique et opérationnelle des organisations (agences et entreprises) et de la gestion des sous-traitances. Ainsi se sont développées les fonctions de terminologie/terminographie, création et gestion des mémoires de travail, contrôle de qualité et, plus globalement, gestion de projets et d’opérateurs. Il est devenu important, aujourd’hui, de savoir gérer les projets et les personnels concernés. La gestion de projets est d’ailleurs devenue un métier à part entière.
- Même si la traduction automatique et la rédaction automatique (ou semi-automatique) se développent, les professionnels de la traduction-localisation et de la communication multilingue et multimédia ne sont pas directement menacés par les automates : l’intelligence naturelle a encore de beaux jours devant elle.
- Les métiers de la traduction-localisation et de la communication multilingue et multimédia sont des métiers « exposés » au sens où les professionnels concernés sont en interaction constante avec une foule de partenaires, collaborateurs, informateurs, donneurs d’ordres et donneurs d’ouvrage, correcteurs, et autres. La compétence d’interaction est donc essentielle.
- La traduction-localisation et la communication multilingue et multimédia sont caractérisées, entre autres, par la massification des volumes, la diversification des matériaux et des supports, l’industrialisation des outils et procédures de traitement, la standardisation et la normalisation des produits et des modes opératoires, la dématérialisation et la décontextualisation des matériaux traités, la modularisation des documents et supports, la recherche de gains de productivité, la spécialisation des tâches, la division du travail entre opérateurs multiples, et l’obsession de la qualité.
- La gestion de la qualité devient un métier à part entière et explique la multiplication des emplois de relecteurs, réviseurs-valideurs (ou testeurs pour les logiciels, sites et jeux « localisés »).
- Les formations de professionnels de la traduction-localisation et de la communication multilingue et multimédia se sont multipliées ces dernières années, pour des raisons, et dans des circonstances, variables. Toutes ces formations ne se valent pas, loin s’en faut ! même si, sous la pression des marchés (comme sous l’influence des normes et codes de pratiques exemplaires), elles tendent à s’aligner sur certains modèles avec, notamment :
- prise en compte des contraintes professionnelles ;
- accroissement des parcs informatiques et formation aux systèmes de gestion de mémoires de traduction les plus courants ;
- utilisation de matériaux réalistes ou, mieux, réels ;
- simulations de situations professionnelles ;
- multiplication des études de cas ;
- mise en place d’ateliers pratiques ;
- interventions de professionnels ;
- multiplication des outils d’aide ;
- mise en situation d’exécution selon des critères professionnels.
C’est donc tout ce qui se situe au-delà de ce tronc commun qui fait la différence.
- En dernière analyse, les métiers de la traduction-localisation et de la communication multilingue et multimédia requièrent des faisceaux complexes de compétences organisés selon le schéma de la page suivante. Les langues, la connaissance spécialisée des domaines concernés, les techniques opératoires selon les métiers et les outils et instruments (dont, en priorité, l’informatique) sont vitaux. La gestion de la qualité est cruciale et souvent érigée en spécialité professionnelle. La capacité à interagir est essentielle. Et l’aptitude à la gestion est utile au prestataire individuel et cruciale pour l’entreprise, au point d’avoir donné naissance à un « métier » en soi.
L’ensemble se décline différemment selon les métiers, mais chacune des composantes est expressément requise pour chaque métier. Le schéma donne une assez bonne indication (globale) des profils professionnels et permet de situer les directions dans lesquelles doivent aller les personnes qui souhaitent exercer, à plus ou moins long terme, l’un des métiers de la traduction-localisation et de la communication multilingue et multimédia.
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